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RN 116 : ne circulez pas, y a rien à voir


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Voilà, Gloria est partie et l’on peut se réjouir d’une chose : elle n’a pas fait de victime.

Après le déluge, retour à une réalité encore plus difficile qu’avant pour tous ceux qui vivent et travaillent dans ces endroits qui s’éloignent un peu plus chaque jour de Perpignan, ville en retard sur tout mais qui, grâce à la pauvreté des environs, ressemble à une mégalopole.

Magie de ce département, une pluie suffit à transformer les hauts cantons en espèce d’îlots à la dérive.

La mobilité ici a des allures de XIX ème siècle, mais par endroits, on est au Moyen Age.
Le message est clair : ne circulez pas, y a rien à voir.

Évidemment, la 116 cristallise toutes les tensions. Depuis quelques jours les appels d’entreprises du bâtiment nous arrivent : des chantiers vont prendre du retard car il faut plus de deux heures pour y accéder, ou parce que les camions devant livrer le matériel refusent de le faire, ou exigent des tarifs prohibitifs pour se rendre dans ces endroits coupés du monde. Il y aura des pénalités de retard à verser pour les entreprises, des risques à faire prendre aux salariés qui doivent rentrer chez eux après une journée de travail.

Dans ce contexte, malheur à celui qui arrive sur un chantier et se rend compte qu’il a oublié un tournevis ! Comment vont faire les taxis et ambulanciers pour amener les habitants à leurs consultations médicales ? Comment répercuter les heures perdues et les kilomètres à parcourir ? Qui va payer ?

La réponse est évidente : débrouillez-vous ! On s’en remet, c’est bien pratique, à la capacité de tous à supporter indéfiniment ce qu’aucun ministre en visite n’a voulu expérimenter pendant une journée.

Les gens d’ici ont la mauvaise habitude de se débrouiller et de ne pas faire d’histoires. Puisque les écoles, les bistrots, les médecins, les postes, les services publics ont pu disparaître et qu’ils respirent encore, à quoi bon engager les moyens qu’on mettrait dans n’importe quel endroit du territoire ? Ils finiront par s’habituer.

Au même moment, un candidat à la mairie de Paris envisage sérieusement de fermer une gare pour en faire un parc où faire du jogging. S’ils veulent courir nous disposons ici de kilomètres garantis sans voiture ni aucun transport, et il ne sera pas utile de fermer une gare : nos décideurs, qui anticipent tout, s’en sont déjà chargés.

Qu’il me soit permis dans ces colonnes de dire toute mon admiration à celles et ceux qui ont le courage de se lever pour travailler chaque jour quand on les méprise aussi ostensiblement.
Robert Massuet, Président de l'UPA66.